Partie I : La rencontre

Glissez vous au milieu du jury lycéen pour suivre le déroulement du projet. On commence avec la projection des films sélectionnés et les premiers échanges autour du corpus.

Mardi 10 novembre, 9h30.

Des lycéens pénètrent dans la bibliothèque de l’Alcazar, direction la salle de conférence. Serge Dentin (directeur artistique du festival) et Pilar Arcila (cinéaste) les y attendent. Une fois installés, les élèves reçoivent des feuilles avec les titres des cinq courts métrages qu’ils s’apprêtent à visionner. «C’est un bloc note pour garder les films en tête et noter ses émotions» explique Pilar Arcila.

Elle s’invitera bientôt dans le lycée St Exupéry (3ème arrondissement), le lycée Daumier et celui des Calanques (tous deux dans le 8ème) pour aider les trois classes dans leur mission de premier jury lycéen des RISC. Les élèves présenteront le film lauréat – leur préféré – pendant le festival le 26 novembre. Pour cela il faut être capable de se questionner, de s’exprimer et d’échanger autour de ces courts-métrages. C’est à ce niveau là que Pilar va intervenir.

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Mais avant ça encore, il faut d’abord les regarder. Les élèves ont cinq minutes pour réfléchir et écrire leur réaction individuelle après chaque court-métrage. Lorsque la lumière se rallume après Le Park de Randa Maroufi – la première projection – certains élèves restent statiques, stylos en main. «J’ai rien compris» lance un élève. «C’est un très bon début» rassure Pilar. Les élèves sont invités à mettre en mots tout ce qui leur passe par la tête. «Lachez-vous, c’est pas du scolaire, on est pas au lycée» relance un professeur. Les plus extravertis partagent leur réaction à haute voix au fil des films qui ponctuent la séance. Après Notes de Rêves, un documentaire sur les rêves nocturnes des habitants des quartiers nord réalisé par Tuia Cherici, un jeune lycéen reste confus: «C’est même pas vraiment filmé!». Serge Dentin fait la médiation. «Ce sont des films très personnels. Gardez en tête que c’est comme ça que ces artistes s’expriment le mieux, à travers le cinéma».

La seule œuvre présentée uniquement aux lycéens, Le chercheur et son article, illustre plutôt bien cette matinée à l’Alcazar. Dans le court métrage, une voix off explique le processus d’écriture d’un article scientifique et la beauté de ce format. En précisant que c’est un objet particulier au milieu des autres publications, comme la nature expérimentale des films présentés au lycéens. Et comme cette séance, le film d’animation se passe dans une bibliothèque.

La dimension scientifique n’est pas évidente à cerner dans tous les films. Pour une élève du lycée Daumier c’est dans The Five minute museum, où des collections de musées défilent à toute vitesse, qu’on la voit la plus clairement. Un de ses camarades de classe résumerait la séance avec le mot «bizarre», un autre trouve qu’ «il y a beaucoup de réflexion dans ces films». Affaire à suivre. Pour cette classe le rendez vous avec Pilar Arcila est pris lundi prochain.

En attendant la séance d’analyse et une petite entrevue avec Pilar Arcila, on a pu poser quelques question à Serge Dentin.


Miniview

Serge Dentin – Directeur artistique du festival

Comment vous vous y prenez pour la sélection des films à destination des lycéens?

Comme pour le reste de la sélection des films du festival, c’est Virginie et moi qui nous nous en occupons. C’est un travail assez conséquent parce qu’on a reçu près de 300 films. Pour les films à destination des lycéens, on pioche dans des diversités de thématiques et de formats, même si ça reste plutôt des courts métrages. On n’a pas de critère particuliers, en essaye de voir les thèmes qui pourraient intéresser les lycéens parmi tous les films qu’on a sélectionnés pour le festival. Il y a des films qu’on réserve pour les collégiens et les publics plus jeunes, pour les lycéens on imagine que des films plus personnels ou autobiographiques peuvent les concerner… C’est assez intuitif en fait.

Qu’est-ce que vous voulez transmettre aux lycéens en les mettant en position de jury ?

Qu’ils arrivent à formuler quelque chose sur ce qu’ils ont vu. On essaye de les faire parler collectivement de leurs ressentis et de leurs émotions par rapport à des images et des sons. C’est peut-être quelque chose qu »ils n’ont pas l’habitude de faire à plusieurs et dans ce cadre là.

On est tous abreuvés d’images avec la télé et internet. Là on essaye de prendre un temps pour aller au-delà de «j’aime» et «j’aime pas». En allant plus loin on peut peut-être se rendre compte qu’un «j’aime pas» peut se transformer en «j’aime», que c’est pas si simple. A travers un travail collectif on tente de les mettre en situation pour qu’ils puissent se confronter aux regards des autres; à affirmer un point de vu ou à le déplacer en écoutant les autres.

Nous aussi on se retrouve dans cette position dans le travail de sélection et avec le jury du festival, on prend le temps pour mettre des mots sur nos ressentis et parler des films entre nous. On peut donc voir ça comme une sorte de passage de relais.

Comment va se passer le concours ?

Chaque classe va choisir son ou ses films préférés. Pilar va travailler avec chacune des classes à définir des critères. Pas des critères prédéfinis mais ils vont les construire en partant de leurs idées. Ils vont aussi parler de la place de la science dans ces films.

Évidemment il est peu probable que les trois classes votent pour le même film mais le but premier est de les faire échanger ensemble. On réfléchit tout de même à une façon de mettre en valeur un films qui les a mis tous d’accord sur un ou plusieurs éléments.

L’aspect scientifique est clairement visible dans certains films, dans d’autres il est beaucoup moins évident. Est-ce que vous pensez qu’il y a un aspect scientifique dans tous les films de la planète ?

(rires) En effet on pourrait se dire que tous les films de fiction ont un aspect historique ou sociologique, avec des relations entre les gens…évidemment. Mais nos critères de sélection c’est quand même qu’il y est quelque chose d’assez explicite dans un domaine scientifique. On essaye de percevoir un aspect dans le film sur lequel un chercheur pourrait être invité à partager son regard. Il ne faut pas que ça nous paraisse trop lointain.

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