Quand l’art rencontre la science

Lorsque l’art et la science ne font plus qu’un, cela donne le court-métrage The Thin Man : un poème d’Henri Michaux lu par une machine. L’occasion pour Hervé Nahon, réalisateur et artiste plasticien, et Jacques Mandelbrojt, peintre et physicien théoricien, de débattre et échanger avec le public autour de ces deux thèmes à première vue diamétralement opposés.

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Mardi 24 novembre, 18h au BMVR Alcazar

La séance spéciale « Rencontre entre l’art et la science » peut commencer. La soirée démarre avec la projection de The Thin Man réalisé par Hervé Nahon, artiste plasticien, lors d’une résidence au sein du service IRM au Centre Hospitalier de Martigues. Une réalisation à partir d’images IRM retravaillées et une bande son créée à partir de sons émis par l’IRM et d’un poème d’Henri Michaux The Thin Man lu par une machine.

Hervé Nahon est le premier à monter sur scène et explique sa démarche. Avec ce film, il a voulu développer le rapport qui existe entre l’homme et la machine. « Dans The Thin Man, j’ai voulu renverser le processus naturel, explique-t-il ce que l’humain fait habituellement c’est la machine qui l’exerce et inversement ».

Et lorsque dans le public on lui parle de ses liens avec le milieu scientifique, le réalisateur répond sans détour « Je ne suis pas un scientifique, je suis simplement un curieux. J’aime poser des questions toutes simples aux médecins, qu’elle est cette machine ? Comment elle fonctionne ?». D’ailleurs, selon lui, au contraire des scientifiques lorsqu’il se lance dans un projet il ne cherche à rien démontrer « Lorsque je réalise The Thin Man par exemple, je n’essaie pas d’expliquer quoi que ce soit sur la neurologie. Je reçois simplement ce que l’on me donne et j’essaie de rendre un peu de cela en retour ».

Le réalisateur explique également que le monde de l’art et de la science ne vont pas naturellement l’un vers l’autre et ont souvent du mal à se comprendre. Il appuie ses propos par une anecdote vécue lors de l’une de ses expositions à Berlin. « Le rapport qu’ont les personnes du milieu scientifique avec les œuvres est très surprenant, assure-t-il. Ils ne comprennent pas, ne reconnaissent pas ce qu’ils voient, pour eux c’est un autre monde. Ils ne s’imaginent pas une seule seconde que cela vient de leur propre laboratoire. »

Présente à la conférence, la Chef de service du département IRM dans lequel Hervé Nahon à tourné The Thin Man intervient alors pour appuyer ses propos « Grâce à ce projet j’ai aujourd’hui un autre regard sur le corps que je connais pourtant par cœur. Cela montre un aspect hors du quotidien, on met en avant la personne vivante. Il y a une forme d’humanité à laquelle je ne m’attendais pas. »

 

L’analogie entre l’art et la science

Malgré leurs différences, il existe selon le réalisateur une vraie analogie entre l’artiste et le scientifique « car les deux sont dans une recherche et seul le but change ». D’ailleurs, le fait de se confronter à un autre univers rend le travail de l’artiste encore plus enrichissant. « Lorsque l’on va dans une résidence, comme avec The Thin Man, on se confronte à quelque chose d’autre que ce que l’on trouve dans l’atelier, on bouscule nos habitudes. » déclare Hervé Nahon. Une personne du public le compare alors à « un passeur entre des mondes parallèles qui s’ignorent », un terme que le cinéaste accepte volontiers.

Monté à son tour sur scène Jacques Mandelbrojt partage également la même vision « quand on va dans un autre milieu, on acquiert des connaissances, on s’adapte et on développe à notre tour quelque chose de nouveau, c’est cela qui est intéressant. » explique-t-il. Le peintre et physicien théoricien ne tarit d’ailleurs pas d’éloges sur The Thin Man qui est selon lui « une rencontre entre plusieurs arts, une démarche libre pleine d’imagination et d’audace ».

L’imagination est un mot qui revient souvent dans la bouche de Jacques Mandelbrojt. Selon lui, dans l’art, l’imagination ne se confronte pas à la réalité. Contrairement à la science, l’art n’est pas une réalité en soi mais une réalité en moi comme elle vit dans l’introspection et le souvenir. « Les artistes, lorsqu’ils peignent refont toujours les mêmes choses, ils s’accommodent au réel qui permet d’enrichir leur art. Il y a alors un dialogue entre l’imagination de l’artiste et le réel perçu.»

Lors de son exposé, Jacques Mandelbrojt va également développer les concepts de Piaget. Une théorie selon laquelle le rapport à la matière est la base de l’activité scientifique et de la démarche expérimentale. Il y a dans les deux cas une assimilation du matériau à l’idée et une accommodation de l’idée au matériau.

Jacques Mandelbrojt finira d’ailleurs par conclure que « L’art abstrait permet de comprendre tous les arts comme les mathématiques permettent de comprendre toutes les sciences mais également l’art abstrait. » La boucle est bouclée.

Estelle Barlot

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